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Trucs de grand-mères ou PAPYTRUC ?
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A la demande de fidèles lecteurs de mes bouquins pratiques, voici quelques extraits de mon livre décrivant un séjour à l'hôpital vu du côté "optimiste" - un vrai "truc" pour garder le moral. En effet, d'un naturel inquiet, j'ai été, comme beaucoup totalement épouvanté à l'idée que j'allais subir tout un tas d'examens et de soins difficiles. Il faut dire que la littérature traitant généralement des séjours dans les hôpitaux décrit surtout "les grandes douleurs et les angoisses" des patients. A ma connaissance, je n'ai jamais vu d'ouvrages relatant les anecdotes ou même les petits bonheurs qui peuvent se cacher dans ces lieux à la sinistre réputation... Au risque de vous surprendre, j'ai personnellement vécu, à travers un problème cardiaque très sérieux, un séjour tout à fait supportable, d'où ce bouquin que j'aimerais faire partager à tout ceux qui ont ou auront à subir des soins dans un milieu hospitalier ...
...................... En effet, le malaise qualifié par mon cardiologue de "petit infarctus" me permet de marcher normalement et c'est donc à pied que nous sommes venus à l'hôpital. D'ailleurs, en arpentant les allées à la recherche de ce fameux bâtiment B, je me demande vraiment si le spécialiste ne s'est pas trompé et, l'appréhension aidant, j'ai comme une furieuse envie de faire demi-tour quand ma douce et tendre s'écrie soudain : "ça y est, c'est là, on y va".* *Les premières recommandations : vérifiez avant de vous présenter à l'hôpital si vous avez bien vos papiers d'identité, votre carte de Sécurité Sociale, carte Vitale, affiliation à une mutuelle, etc... Si vous êtes en possession de dossiers médicaux antérieurs (radios, analyses, bilans, etc...) ils pourront être utiles aux spécialistes qui vont s'occuper de vous. Autres détails d’ordre « plus matériel » : prévoyez des pyjamas à ouverture sur le devant (pour faciliter les soins), des sous-vêtements, des pantoufles. Eventuellement une robe de chambre, des gants et serviettes de toilette, savonnettes, brosse à dents, dentifrice, crème à raser, rasoirs… en un mot toutes les petites affaires que vous amèneriez pour un séjour à l’hôtel… A défaut, on vous fournira un minimum de dépannage de qualité…simpliste, pour ne pas dire autre chose… Pas très rassurant le bâtiment B... Une pancarte écaillée mentionnant "cardiologie 4ème Etage" est accrochée au-dessus d'une entrée aussi riante qu'un casernement de gendarmerie. On pénètre dans le hall au fond duquel plusieurs personnes patientent en attendant le bon vouloir d'un des deux ascenseurs qui semblent faire de curieux aller-retour sans jamais s'arrêter au rez-de-chaussée. Enfin, dans un étrange bruit de ferraille grinçante, la porte s'ouvre pour laisser sortir deux hommes en blanc convoyant un malade dans son lit roulant. Je ne peux m'empêcher de remarquer qu'il n'a pas l'air en forme et m'interroge sur la poche en nylon remplie d'un liquide blanchâtre attachée à un support au coin du lit et dont les tuyaux se perdent sous les draps... Où l'emmènent-ils et que vont-ils lui faire ? Ce sont mes premières interrogations et, tandis que l'ascenseur grimpe, mes appréhensions font de même... Au 4ème le bureau d'accueil est désert, de même que le couloir pourtant encombré d'un tas de chariots. Sortant de je ne sais où, une grosse antillaise poussant un container métallique nous gratifie d’un grand sourire et s’adresse à nous avec son accent caractéristique qui oublie les « r » : "vous chechez quèque chose ?" On bredouille : "oui, c'est pour une admission" - "ah bé c'est pas là... c'est en dessous... faut aller en dessous....eh oui...c'est comm’ça...c'est pas là... c'est en dessous... et oui....en dessous..." Si nous avions insisté, elle aurait encore rajouté un "c'est comm'ça... eh oui... en dessous..." Heureusement, nous avons découvert l'escalier car, comme d'habitude, les ascenseurs nous ignoraient.
------ Au palier du 3ème, copie conforme de celui que nous venions de quitter, même bureau d'accueil mais avec la présence d'une aimable et jolie réceptionniste qui me demande mon nom. - "Jacques BUJARDET, c'est pour une admission" - visiblement je figure sur la liste qu'elle consulte et j'ai droit à un "bienvenu Monsieur DESJARDIN... mais êtes-vous passé aux formalités d'admission du rez-de-chaussée ?"... Devant ma mine dubitative, elle m'explique qu'il faut redescendre par l'ascenseur et se rendre au petit bureau à côté de l'entrée, se faire inscrire comme rentrant et remonter pour la suite du programme. C'est clair, nous ré-attendons l'ascenseur, re-croisons le malade sur son lit roulant que l'on ramène dans sa chambre et nous rendons dans le fameux petit bureau... - "vous avez la carte vitale ? - une mutuelle ? – donnez-moi votre numéro de sécurité sociale - votre adresse est bien.... etc... etc..." Bref, quand on connaît le bon bureau on a vite fait d'expédier les formalités. De retour au 3ème la réceptionniste appelle ce que je pense être un docteur. - "Monsieur DESJARDEL... va en réa"... Décidément elle est fâchée avec mon patronyme et je me retiens de lui dire que mon nom est BUJARDET - ni DESJARDIN et pas plus DESJARDEL... j'envie parfois les DUPONT ou MARTIN... Nous suivons l'homme en blanc et, au détour d'un couloir, j'éprouve mon premier choc en constatant que nous nous dirigeons vers le service de réanimation*... Quel nom affreux que celui-là !... Je me savais malade mais pas au point d'être réanimé...
*Cet endroit fait peur et pourtant c’est sans doute le service le plus sécurisant pour un malade en crise. Des spécialistes y sont présents en permanence et le patient est immédiatement placé sous la surveillance intense des appareils chargés de vérifier les différents paramètres susceptibles de poser des problèmes. Il serait peut-être judicieux d’oublier le mot réanimation au profit d’une appellation plus « douce », pourquoi pas surveillance intensive…
------ Ma femme, sans ouvrir la bouche, marque également le coup et me fait une moue significative suivie d'un haussement d'épaules que j'interprète comme un signe de fatalisme... Je dois être plus bas que je ne le pensais Enfin, nous pénétrons dans une chambre à deux lits vides surmontés d'un tas d'appareillages électroniques et d'une forêt de tuyaux divers. Pour être franc, j'ai la trouille, d'autant que mon épouse parcourt elle aussi des yeux cet environnement en exprimant silencieusement une certaine appréhension. Puis c'est la séparation. Nous nous embrassons comme si nous devions ne plus nous revoir et je regarde ma femme s'éloigner en me faisant un petit geste de la main... J'ai soudain l'impression d'être le tout petit nouvel écolier qui voit sa maman s'en aller le jour de la rentrée... Une voix ferme me fait sursauter : - "vous vous déshabillez- vous pouvez garder votre slip - vous mettez toutes vos affaires dans ce placard et vous vous allongez - on va s'occuper de vous" Ainsi vient de parler Bertha, l'infirmière chef que j'ai identifiée grâce à son badge presque horizontal en raison d'une poitrine plus que généreuse. En obéissant à son invite je ne peux m'empêcher de songer à sa façon "virile" de s'exprimer et je me demande si elle est toujours aussi expéditive dans les moments d'intimité qu'elle doit forcément partager avec son homme... A moins qu'elle n'ait pas de compagnon mais... une compagne... Décidément je suis une incorrigible mauvaise langue... Et voilà, je suis maintenant couché dans ce lit dans un service de réanimation alors que je ne ressens plus aucune gêne et je me demande avec anxiété ce que l'on va me faire. Mon attente est de courte durée car un homme à lunettes se dirige vers mon lit. - "Bonjour, je suis le docteur Barjoux - vous allez m'expliquer ce qui vous est arrivé" Alors que je commence à décrire mes essoufflements lors de la montée d'escaliers, la douce Bertha vient me poser toute une série d'électrodes* sur la poitrine et met en route un moniteur qui trône au-dessus du lit. Je continue mon récit qui, maintenant, est ponctué par les bips répétés en provenance du machin électronique. *Note du douillet : absolument indolore Il veut tout savoir : "mais ça vous a serré ou BIP ça vous a fait mal ? - combien de fois ? - et BIP vous avez perdu connaissance ou non ? - et ces malaises, BIP ils sont récents ? - vous rappelez-vous la date exacte BIP de leur début, et.... et... et.... C'est fou le nombre de questions qu'il me pose, à la manière d'un inspecteur de police qui voudrait me faire avouer. Je vais tout vous dire mais de grâce arrêtez ces BIP pensais-je intérieurement... L'interrogatoire est maintenant terminé. Le docteur Barjoux a eu l'air satisfait des réponses et j'ai droit à quelques explications. - "Bon, vous avez sans aucun doute fait un petit infarctus*, on va vous mettre sous perfusion puis vous allez avoir une échographie et demain matin on vous fera une coro. En attendant, vous vous reposez et tout ira bien". *Comment reconnaître un infarctus ? Il se manifeste généralement par une douleur dans la poitrine. Une sensation de serrement brutal accompagné parfois d’une souffrance dans la gorge, les mâchoires, les épaules, les bras ou le dos. Attention néanmoins, chez certains gros mangeurs, des troubles d’ordre digestif peuvent les induire en erreur. Il ne faut surtout pas hésiter à consulter car le risque est trop important. Avant d’avoir eu le temps d'essayer de décoder son bref discours, les ennuis commencent avec le retour de Bertha équipée de la même poche que j'avais vue au dessus du lit du malade dans l'ascenseur... C'était donc une perfusion ! En moins de temps qu'il ne faut pour le dire j'ai droit à la mise en place* de ladite "perf" qui restreint sérieusement l'usage de mon bras gauche qui, désormais, est relié par un tuyau à ce réservoir en nylon... *Note du douillet : ça ne fait pas plus mal qu'une piqûre pour la mise en place et totalement indolore ensuite. Résumons-nous : j'ai des électrodes partout, le bras gauche en laisse et bien sûr, interdiction formelle de me lever pour aller faire mes besoins. Quelle tristesse... ainsi immobilisé, appareillé et surveillé, j'ai atteint le statut peu enviable de malade officiel et en réanimation, s'il vous plaît !... Seule consolation, je ne souffre pas, ce qui constitue quand même une sorte d'encouragement... Qu'est-ce qu'un infarctus ? Il s’agit de la destruction (ou nécrose) d’une partie du muscle cardiaque appelé en langage « toubib » myocarde suite à l’occlusion d’une artère coronaire. En langage simple, ça se bouche, les cellules myocardiques ne reçoivent plus de sang et cela entraîne une destruction irréversible. Ce muscle cardiaque endommagé présente une cicatrice fibreuse inerte qui ne participe plus à la contraction du cœur. Il y a donc une altération de la fonction de « pompe cardiaque ». J'ai dû dormir un bon moment car le soleil a disparu au coin de l'immeuble dont j’aperçois un morceau de toiture et quelques fils électriques. Surprise, j'ai maintenant un voisin autour duquel s'empresse Bertha avec l'aide d'une aide soignante à la blouse ultra courte. Après tout, même malade on a le droit d'admirer les belles choses à défaut de pouvoir y toucher, ce qui ne serait pas évident avec le tuyau de la perfusion... Je me surprends à rire intérieurement... Mon voisin est pour le moins curieux. Il semble tout petit mais présente des bras incroyablement longs et poilus. En un mot, il me fait penser à un singe, d'autant qu'il grogne plutôt qu'il ne parle. La stagiaire à la blouse courte finit de ranger ses affaires, personnelles dans le placard commun quand elle remarque que "l'homme singe" transporte dans un vieux sac de sport en partie déchiré quelques denrées pour le moins inhabituelles, à savoir un fromage de "race indéterminée" aux effluves puissants, un morceau de pain et une bouteille plastique de "grand ordinaire" à peine entamée... - "Je suis désolée mais nous ne pouvons garder vos provisions" dit-elle avec un air dégoûté en emportant la marchandise... Du coin de l'oeil je constate que mon voisin semble fort contrarié...* *On ne plaisante pas à l’hôpital avec ce que peuvent amener les malades à cause des risques d’infection et le personnel veille constamment à ce qu’il n’y ait aucun élément susceptible de créer des problèmes. Ainsi, non seulement je suis malade mais en plus je cohabite avec ce qui ressemble fort à un clochard. La déchéance continue... jusqu'où vais-je devoir descendre ?... ------ - "Bonsoir, comment ça va ?" Cette interrogation provient d'un nouvel infirmier répondant, si j'en crois son badge, au prénom inhabituel de Victor. Si je me base sur mes connaissances en matière de morphologie il doit être sénégalais. - "Je viens vous faire la petite piqûre dans le ventre"... Un frisson glacé parcourt ma colonne vertébrale et je le vois soudain d'une toute autre façon en me demandant s'il ne reste pas quelques cannibales dans un recoin de l'Afrique... Je rassemble mon courage et jette un oeil sur le récipient en inox sur lequel est posée la seringue. Dieu merci elle n'a pas l'air d'être de grande dimension mais demeure une question que je pose à haute voix : "pourquoi dans le ventre - ce n'est pas possible ailleurs ?". Tout en soulevant le drap d'un geste décidé, il me répond un non qui ne prête pas à discussion, passe un coton imbibé de quelque chose de froid et m'annonce en joignant le geste à la parole : "je pique !". A vrai dire, il a tellement fait vite que je n'ai pratiquement rien senti*. J'apprendrai plus tard que ces piqûres, car il y en aura une le matin et une le soir, ont pour but de fluidifier le sang et qu'après la première... on s'habitue très vite à cette petite corvée... *Note du douillet : il s'agit de toutes petites aiguilles et c'est vraiment supportable - seul l'endroit inhabituel de la piqûre peut inquiéter, à tort. Le bureau des infirmiers est juste en face de la chambre où je prends mon mal en patience. Il résulte de cette disposition que certaines conversations sont parfaitement audibles et j'avoue mon absence totale de honte à écouter ce qui se dit. La plupart du temps les discussions ont pour sujet les problèmes professionnels, ce qui semble normal dans un tel lieu. Ainsi apprend-on, en vrac, que Madame DUVAL à la 4 a fini par aller à la selle... que Monsieur MARTIN ronfle tellement que son voisin a demandé qu'on le change de chambre... que le pauvre Monsieur KRINGSKY supporte très mal son traitement et qu'il va falloir en parler avec le docteur pour savoir ce que l'on doit faire.... etc... etc.. Bref, tout ce qu'on entend est plutôt rassurant, cela prouve qu'ils s'intéressent à leurs malades. Au milieu des dialogues une interrogation revient régulièrement : "tu veux un autre café ?..." C'est fou ce qu'ils peuvent en consommer et après ils vous font la leçon en vous disant que ce n'est pas bon pour le coeur*... *Le point de vue du docteur : les avis divergent suivant les différentes études en la matière. Ainsi, les travaux du professeur WILLET portant sur une population de 85747 infirmières de 1980 à 1990 ont démontré que 712 cas de maladies cardio-vasculaires étaient survenus chez des buveuses de six tasses de café ou plus/jour, mais il a observé le même résultat chez les non buveuses… D’autres études ont démontré que le risque d’infarctus pouvait s’accroître pour les buveurs de plus de 8 tasses/jour… Parfois les conversations sont plus futiles. Les infirmières dont les voix plus aiguës sont encore mieux perçues, discutent souvent chiffon : "...une véritable affaire je te dis et en plus ils n'avaient plus de taille 40 eh bien, tu me croiras si tu veux, je suis rentrée dans un 38 qui me va parfaitement...à ce prix je n'ai pas hésité...." -"...je ne sais pas comment tu as fait pour maigrir, moi je n'y arrive pas*. J'ai essayé de me mettre au régime pendant mes congés mais tu sais comment ça se passe, une crêpe par ci et un restau par là... ma pauvre fille j'ai même pris 2 kilos...." ------ Il y a deux moments privilégiés dans la journée d'un malade : les repas. Ils offrent une sorte de récréation, quelques instants de détente où, malgré la présence des tuyaux et des électrodes, on retrouve son couteau, sa fourchette pour faire comme tout le monde : manger. Oh, bien sûr ce n'est pas Bocuse ni même la bonne cuisine de grand-mère, mais rien que le fait de s'asseoir et de découvrir ce qu'il y a dans les petites barquettes plastiques, cela nous fait oublier que nous sommes en traitement. Pour le premier soir de mon hospitalisation, je suis heureusement surpris de constater qu'ils ne m'ont pas mis entièrement au régime si l'on excepte, bien entendu, l'absence totale de vin. A la maison, j'aurais protesté si ma femme m'avait servi une soupe aux légumes mais là, dans les circonstances présentes, j'ai bu ma première cuillère en ayant une pensée pour ma grand-mère qui insistait tellement pour que je "mange ma soupe" suivant l'expression consacrée... Pourquoi a-t-on un peu abandonné cette façon de s'alimenter ? Nos anciens n'en faisaient-ils pas leur plat principal ?* En finissant les dernières cuillères, je pense qu'il faut que je m'y remette en rentrant. Tout compte fait, ce n'est pas si mauvais une soupe...* Celle-là était fort convenable à part, peut-être, un léger manque de sel... *Le point de vue du diététicien : tout d’abord la soupe apporte un volume appréciable d’eau, ce qui est important dans la mesure où nous ne buvons pas toujours suffisamment. Grâce aux légumes qu’elle contient (minimum 150gr/personne) vous bénéficiez d’un apport en minéraux, vitamines et fibres, sans compter les différents phytonutriments protecteurs (composés phénoliques ou soufrés) qui renforcent les défenses de l’organisme. Elle aide à ne pas trop grossir car, prise en début de repas, elle permet de limiter la quantité d’aliments que l’on va manger ensuite. Méfiez-vous par contre des « fameuses » soupes « coupe-faim » qui sont censées vous apporter tous les éléments essentiels et ont surtout pour effet de vous faire payer très cher quelques malheureuses substances déshydratées auxquelles on a rajouté des exhausteurs de goût pas toujours anodins… Alors que j'allais attaquer mon plat de "résistance", en l'occurrence un morceau de poulet un peu triste avec une garniture de légumes verts (diététique oblige), une alerte sonore fort bruyante vient de se déclencher en provenance du moniteur de mon voisin. Non seulement ça fait d'énormes BIP BIP mais, en plus, une lumière rouge clignote au-dessus de la porte d'entrée. Je me tourne pour voir ce qui se passe, mais lors des derniers soins l'infirmier a légèrement tiré le rideau qui me sépare de mon compagnon d'infortune qui "borborygme" quelque chose et seul le bas de son lit est visible. De toute façon, deux infirmiers font irruption dans la chambre. - "Ah mais non, qu'est-ce que vous faites, il ne faut pas vous lever... et puis vous avez tout débranché - Monsieur LARUE il faut rester couché..." L'homme singe essaie d'expliquer quelque chose dans son curieux langage et finit par se faire comprendre. - "Non, pour faire pipi il faut sonner et on vous donne un pistolet". En moi-même, le terme pistolet m'évoque la fameuse séquence du "Père Noël est une ordure" où le désespéré appelle d'une cabine et demande ce qu'il doit faire et où la standardiste de SOS détresse amitié lui demande d'appuyer sur le bouton. Vous vous souvenez sans doute que le suicidaire ne comprenant pas qu'il s'agit de celui du téléphone appuie sur la gâchette du revolver qu'il tenait contre sa tempe. Pour moi, ce que les infirmiers appellent "pistolet"* avait pour nom "urinal"... Il faudra que je vérifie dans un dictionnaire... *Le dictionnaire LAROUSSE édition 2003 ne répertorie pas ce terme. Il s’agit peut-être d’un jargon propre aux hôpitaux… Toujours est-il qu'à cause de cet incident, j’ai laissé refroidir mon poulet qui, décidément, n'est pas très fameux. En soupirant, j'entame à peine mes légumes. De toute façon, j'ai quelques réserves... Je me régale avec la portion de Roquefort un peu trop fait et malheureusement sans beurre suivie d'une petite barquette de fruits au sirop. J'ai presque envie de demander un café et l'addition mais il ne faut pas rêver, je suis à l'hosto. Conséquence heureuse je n'aurai rien à payer mais, frustration, il n'y aura pas de café... De même qu'un verre de bon bordeaux avec le roquefort n'aurait pas été désagréable... Où ai-je lu que le vin rouge était bon pour le coeur ?...* *le vin contient quelques substances intéressantes qui ont beaucoup étonné nos amis américains qui ont plus de 30 à 40% de problèmes cardiaques que nous. Ils ont bien sûr entrepris des études en la matière et ont mis en évidence les propriétés anti oxydantes des polyphénols contenus dans notre breuvage national. Il est d’ailleurs amusant de savoir qu’un produit élaboré par la Société Française de distillerie (SFD) basée à Vallon-Pont-d’Arc (Ardèche) et l’institut national de la recherche agronomique (INRA) est vendu en gélules sous la marque déposée « French Paradox » par la firme ARKOFARMA pour nos amis Anglo-Saxons (car curieusement on ne trouve pas ce produit en France…). Par contre, il est disponible sans problème sur Internet en tapant French Paradox dans un bon moteur de recherche… (voir « Les Nouvelles Astuces de Papytruc » aux Editions Michel LAFON). Alors, un verre de Bordeaux ou une gélule ?... D'ailleurs, pour me remettre sur le chemin des basses réalités, je vais moi aussi devoir faire appel aux infirmiers pour avoir un "pistolet" nécessaire à la satisfaction d'un besoin naturel. Alors que j'appuie sur le signal d'appel, je m'interroge sur le sujet des besoins plus importants...* *La science a énormément progressé, on dispose maintenant de traitements fabuleux mais pour cette opération on en est resté au moyenâgeux "bassin". Récipient incommode en diable. Quel est l'inventeur génial qui trouvera un dispositif plus pratique pour le remplacer ? ------ Il est tard et l'équipe de nuit vient d'arriver. On est gâté...une énorme infirmière blonde revêche à souhait et un tout petit antillais au sourire permanent vont veiller sur notre santé. C'est le petit homme qui vient me prendre la tension* et vérifier les électrodes qui parsèment mon torse. *pour faire simple le chiffre le plus haut (systolique en langage toubib) doit idéalement être inférieur à 16 et l’inférieur (diastolique) en simplifiant au maximum, doit tourner autour de 7. L’important est qu’il y ait un espace important entre les deux mesures. Avec un accent ensoleillé il m'explique que je dois garder le brassard qu'il m'installe autour du bras droit. Ainsi, ma tension sera prise de temps en temps et transmise automatiquement dans le local de surveillance. On n’arrête pas le progrès pensais-je intérieurement, mais j'ai déjà le bras gauche relié à la perfusion, voilà maintenant mon bras droit équipé d'un brassard gonflant... Heureusement que je n'ai que deux bras... Enfin, je peux encore bouger un peu, je ne ressens aucune douleur et c'est le principal. Mon voisin, après avoir reçu les mêmes soins que moi mais de façon beaucoup moins aimable par la grosse blonde, ronfle déjà. Quant à moi, je me demande si les BIP réguliers en provenance des moniteurs ne vont pas me gêner pour m'endormir.. Il faut croire que non puisque…. Je roule à 220 au volant d'une Ferrari curieusement verte sur l'autoroute qui mène à Miami. J'ai semé depuis longtemps les flics qui essayaient de me rattraper et je regarde du coin de l'oeil la fantastique créature qui est à mes côtés. Elle vient de refaire son maquillage et remet de l'ordre dans sa coiffure en s'admirant dans le rétroviseur. Elle se tourne vers moi et me dit : "pousses-toi un peu, tu coinces ma ceinture de sécurité..." Malgré la vitesse, je lâche le volant pour me tourner un peu et mon bras droit se trouve immobilisé derrière le dos de ma compagne... J'essaie de le dégager mais je n'y arrive pas...ça serre, ça serre.... et je me réveille soudain en constatant que mon brassard chargé de prendre la tension vient de se gonfler automatiquement.... Adieu Ferrari, adieu créature de rêve... adieu rêve tout court… je suis à l'hôpital et là-bas, dans le bureau, deux chiffres vont s'afficher bêtement sur un moniteur... Quel manque de poésie ! ------ A suivre... Commandez vite votre exemplaire directement chez l'éditeur........rendez-vous à la page "contact"
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PAPYTRUC
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